De l’idée à la pièce exposée : coulisses de la préparation de Maison & Objet

Publié le 07 Jan 2026 - Retour à la liste des articles

Derrière chaque pièce exposée à Maison & Objet, il y a bien plus qu’un objet ou un design.
Il y a des idées, des hésitations, des croquis, des ajustements, parfois des doutes. Et surtout, beaucoup de temps passé à chercher le bon équilibre entre matière(s), ergonomie et émotion.

La préparation d’un salon comme Maison & Objet est un exercice particulier. On ne conçoit pas une pièce uniquement pour un client ou un lieu précis, mais pour un regard extérieur, exigeant, parfois inattendu. Il faut raconter quelque chose en quelques secondes, sans expliquer, sans justifier. Une émotion qui parlerait à tous et chacun, quelque soit la culture, la langue, l’histoire ou l’âge du visiteur.

Dans cette phase de création, tout commence soit par une intention (une ambiance à transmettre, une sensation à provoquer), soit par la matière elle-même, le bloc, sa forme et ses reflets, ce qu’il nous inspire. Le dessin est souvent la première étape : poser des proportions, imaginer des volumes.

La pierre est une matière exigeante, avec ses contraintes et parfois ses surprises. Ce qui fonctionne sur le papier ne fonctionne pas toujours dans la réalité.

Cet article n’a pas vocation à montrer un résultat parfait, mais à partager les coulisses de ce salon particulier, de l’idée initiale à la pièce exposée. Une manière de montrer que derrière chaque réalisation, il y a un cheminement, fait de choix (et donc de renoncements), de soin et d’exigence.

Mes créations sont exposées sur le stand BVPIERRES, hall 5A, stand G18.

évier en pierre en cours de préparation
Evier en préparation
bloc de pierre en cours de préparation
Bloc brut
pied de table en pierre en préparation
Pieds de table

Tout commence par une intention

Chaque projet débute par une intention.
Pour cette édition de Maison & Objet, le thème Past Reveals Future a été un véritable fil conducteur. Il a immédiatement fait écho à notre manière de travailler la pierre : une matière ancienne, chargée d’histoire, qui continue pourtant à dialoguer avec des usages et des esthétiques contemporaines.

L’intention n’était pas de lisser la matière ni de masquer ses origines, mais au contraire de les assumer. Laisser apparaître des parties de pierre brutes, parfois cassées, presque sorties de carrière. Montrer ce que la pierre est avant toute transformation, et comment ces traces du passé peuvent devenir une force dans des pièces pensées pour aujourd’hui.

Cette approche a guidé l’ensemble des créations présentées sur le salon. Les sept pièces exposées sont liées par cette même idée : faire cohabiter le brut et le dessiné, l’irrégulier et le maîtrisé, le passé et le futur. Chaque pièce raconte une étape différente de ce dialogue, mais toutes partagent cette même intention de départ.

Il s’agissait de trouver le bon équilibre : préserver l’authenticité de la pierre tout en lui donnant une lecture contemporaine, lisible. Laisser volontairement certaines aspérités visibles, accepter les accidents, les cassures, comme faisant partie intégrante de l’esthétique finale.

Cette intention initiale a permis de donner une cohérence globale au stand. Au-delà des objets pris individuellement, c’est une histoire commune qui se déploie, une continuité entre les pièces. Malgré la diversité des pierres utilisées, et même principalement originaires de Bourgogne, celles-ci sont différentes d’une carrière à l’autre. Le style de finition brutaliste est donc leur lien.

détail pierre brute salon Maison & Objet
Bout de canapé en pierre de Chamesson coquillé (Bourgogne)

Le doute fait partie du processus

À mesure que les pièces prennent forme, le doute s’installe naturellement. Ce qui semblait évident ne l’est plus forcément une fois confronté à la réalité de la pierre, à ses réactions, à ses limites, à ses imprévus.

Le doute porte sur beaucoup de choses. Est-ce que cette pièce peut être comprise sans explication ? Est-ce que le parti pris du brut, des cassures visibles, ne sera pas perçu comme trop radical ? Sommes-nous légitimes, à présenter du mobilier d’exception, au milieu des géants du secteur ?

Dans la préparation d’un salon comme Maison & Objet, ce doute est renforcé par le regard extérieur à venir. Les pièces ne sont pas créées pour la commande d’un client comme nous avons l’habitude de le faire, mais pour être vues de tous, en espérant le coup de cœur d’un visiteur, et son adoption.

Dans ce processus, le doute devient alors une étape nécessaire. Il permet d’affiner le projet, de le rendre plus sincère, et d’accepter que certaines irrégularités, certaines imperfections, fassent partie intégrante de l’histoire que la pièce raconte.

détail pierre brute salon Maison & Objet
Réalisation d’un pied de table

Le temps de la collaboration

Après plusieurs salons à exposer seule, entourée de pierre calcaire, rien que de la pierre, le moment m’a parut opportun pour m’ouvrir à d’autres univers, d’autres matériaux. Et ces collaborations ont été au-delà de mes espérances, car la qualité des échanges intellectuels autour de chaque pièce ont été passionnants. Inclure le travail d’artisans de talent dans nos pierres, cela nous a confronté à de nouveaux défis, mais surtout à de nouvelles collaborations.

Ainsi sur ce salon 2026, vous découvrirez des créations et des co-créations, en partenariat avec:

Catherine Pirim – Ardoise design – pour la qualité de ses créations en ardoise naturelle

Matthieu Gicquel – Maître verrier – pour la transparence et la légèreté du verre fritté

Belharra design – pour ses pieds metalliques de toutes les couleurs,

Notre ferronnier Anthony, pour sa réalisation d’un support sur mesure type »Arbre »

Bradano pour la qualité de sa robinetterie, que nous utilisons sur tous nos éviers.

ferronnerie d'art et pierre
Support métallique pour nos plateaux en marbre
table en pierre et verre
Table Wabi – Matthieu Gicquel

Exposer, au-delà de la visibilité

Exposer à Maison & Objet ne se résume pas à montrer des pièces ou à gagner en visibilité. C’est avant tout un exercice de présentation, voire de représentation, dont nous sommes d’habitude bien éloignés dans notre atelier. Placer nos pièces dans cet écrin, et accepter qu’elles soient vues, interprétées, parfois questionnées, c’est grisant et angoissant à la fois.

Exposer, c’est aussi accepter de confronter sa démarche à d’autres sensibilités. Les échanges avec les visiteurs, les regards silencieux, les photos prises, les réactions spontanées sont autant de retours précieux. Ils permettent de comprendre ce qui touche, ce qui interroge, ce qui passe parfois inaperçu. Cette confrontation nourrit la réflexion et fait évoluer la pratique. Et la pièce maitresse, celle qui remporte le plus gros succès, n’est pas forcément celle que l’on avait imaginée !

Au-delà de l’événement, l’exposition devient un temps de pause. Elle permet de mesurer le chemin parcouru depuis l’année dernière, d’identifier ce qui mérite d’être approfondi, et d’imaginer les prochaines directions à explorer. Les pièces présentées ne sont pas une finalité, mais une étape dans un processus plus large de création et de recherche. C’est aussi mon endroit préféré pour échanger avec les autres artisans du secteur Craft – métiers d’art, et pourquoi pas, faire naître de nouvelles collaborations pour l’année prochaine.

Dans ce sens, exposer n’est pas seulement un moment de présentation, mais un véritable outil de progression. Un moyen de continuer à faire dialoguer passé et futur, matière et idée, en restant fidèle à une matière exigeante.

Maison & Objet, c’est du 15 au 19 janvier 2026, retrouvez nous dans le Hall 5A, métiers d’art, stand G18

Aurélie


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Intéressé par mes réalisations ?